Après avoir, dans une première étude, relevé l'importance des problèmes psychosociaux repérés dans la population de R&R, nous avons évalué, dans une deuxième étude, l'impact sur ces sujets de la prise en charge thérapeutique dispensée dans les Centres.

Les résultats ont permis de mettre en évidence des améliorations importantes tant au niveau de la psychopathologie qu'à celui du support social et de l'estime de soi, améliorant la qualité de vie en général.

Cependant il reste beaucoup d'interrogations quant à l'étiologie et aux mécanismes conduisant à la détresse psychologique manifestée par les personnes souffrant de solitude.
Quelques interrogations : qui sont ces sujets, quel est leur parcours de vie ? Quel est, dans le parcours menant à la solitude le rôle des facteurs environnementaux et celui des facteurs de personnalité ? Peut-on faire des pronostics quant à l'évolution de cette « pathologie » ? etc.
Autant de questions dont nous ne connaissons que des fragments de réponses. C'est pourquoi afin d'apporter quelques lumières supplémentaires à ces interrogations et également pour mieux cibler les objectifs thérapeutiques, nous tenterons de déterminer les facteurs susceptibles d'éclairer, d'expliquer, voire de prévenir l'isolement social.

Pour ce faire, trois approches principales ont retenu plus particulièrement notre attention : la personnalité, les stratégies de faire face et l'attribution causale.

La personnalité : caractérise chaque personne par un ensemble de propriétés ou de traits. Ces traits « induisent » le sujet à agir d'une certaine façon en facilitant ou « bloquant » les composantes de l'adaptation.

Les stratégies de faire face ou coping : stratégies d'ajustement (perspectives transactionnelles) élaborées par les individus pour rendre tolérable la tension induite par de situations aversives. Elles permettent avant tout de réguler les émotions. La capacité de « faire face » ou coping est définie comme une capacité à maîtriser, à se défendre et à s'adapter aux situations.

L'attribution causale : est le processus qui devrait permettre de trouver la source, la cause des événements. Comment les gens expliquent les événements dont ils sont les acteurs ?
Comment expliquent-ils ce qu'ils pensent, ressentent ou font ?
Le type d'attribution donnée par un sujet à un "événement" aura des conséquences sur ces comportements futurs.

Compte tenu de ce qui précède nous pouvons émettre l'hypothèse que les causes évoquées pour le sentiment de solitude vont renvoyer à des comportements non adaptés, à des traits de personnalité et à une défaillance du contrôle des situations stressantes (helplessness).

Les variables explicatives du sentiment de solitude sont à rechercher dans les facteurs décrits plus haut.
Nous nous poserons le problème de l'interaction de ces facteurs et de leur importance pour la qualité de vie et l'évolution du sujet.

Afin d'atteindre ces objectifs nous proposons une étude en deux phases complémentaires :

I. Entretiens semi-directifs (une vingtaine) dont l'objectif essentiel sera « l'écoute » du sujet et l'analyse de son discours, discours qui devrait nous donner la possibilité, entre autre, de retracer le parcours conduisant à la solitude.

La somme d'informations recueillies lors des entretiens nous permettra d'ajuster la méthodologie prévue pour la deuxième phase.

II. Cette étape fera intervenir le plus grand nombre de sujets. Elle consistera en :
a) un questionnaire que nous établirons en fonction des entretiens et qui portera principalement sur :
- les caractéristiques socio-démographiques - les facteurs environnementaux: lieux d'habitation, environnement social - les causes évoquées pour la solitude (attribution)
b) des tests et échelles :
- une échelle de solitude (loneliness scale 8 items) - un test de personnalité (16 PF ?) - une échelle de bien-être - une "checklist" de stratégies de faire face.
Nous suggérons que ces instruments soient remis au sujet en début de parcours au Centre et six mois plus tard. Ceci nous offrirait la possibilité de distinguer les facteurs liés à une évolution positive de la thérapie.

En conclusion :
« L'étude que nous proposons vise une connaissance plus appronfondie des personnes fréquentant les Centres. Tout en contribuant à une meilleure compréhension des mécanismes menant à la solitude, elle devrait permettre d'ajuster les buts thérapeutiques en ciblant plus spécifiquement les besoins. »

NOTA : Vous pouvez vous procurer les résultats des recherches précédentes.